[Presse] Mains d'herbes, histoires d'un jardin japonais

Plusieurs articles à propos du roman de Benoît Reiss sur Maze Magazine, le Journal du Japon et même le site québécois Culturehebdo !

 

 

 

Bouffée d'air frais dans un jardin japonais

"En octobre 2019, la maison d’édition belge Esperluète dévoilait un nouvel ouvrage, tout en douceur et en tendresse, Mains d’herbes. Le sous-titre «  histoire d’un jardin japonais  » nous convie à l’exploration d’un microcosme végétal, en banlieue de métropole. Non loin des buildings sonores de Tokyo, Benoît Reiss nous révèle la magie secrète du jardin de Mme Oda. 

Ceux qui ne connaissent pas la maison d’édition Esperluète ont tout à gagner à aller se plonger dans ses ouvrages, si agréables à voir comme à toucher. Les livres font la part belle à l’expérience des sensations et des perceptions, souvent par une exploration de la nature ou de la ville. Quand les best-sellers de notre siècle privilégient les romans d’aventure où les actions s’enchaînent à cent à l’heure sans nous laisser aucunement le temps de reprendre notre souffle, Esperluète mise sur une suspension du temps. En effet, ces histoires, au rythme posé, permettent au lecteur de porter son attention au monde qui l’entoure et à ses propres sens. Par jeu de miroir, il s’y découvre également et questionne le monde ainsi que sa propre existence.

Dans Mains d’herbes, nous suivons l’oeil du narrateur qui cherche dans la ville japonaise un lieu où s’accrocher, quelques curiosités à découvrir. Ce narrateur, qu’on finit par confondre avec l’auteur tant l’on veut croire en la véracité du récit, rencontre Mme Oda, la vieille dame à qui appartient un étrange jardin, très vivant et poétique. Une relation, tendre et légère, naît entre les deux personnages, dépassant les barrières socioculturelles des origines ou de l’âge. La voix du conteur se fait discrète, il s’agit davantage d’écouter le jardin et les histoires de Mme Oda que de parler de soi. Le lecteur se fond, lui aussi, dans ce jardin et ressent le vent sur son visage, l’odeur des fleurs dans l’air et le rire de Mme Oda, comme s’il était assis sur le tatamis avec eux, buvant sa tasse de thé. 

[Le] visage [de Mme Oda] est une lune pleine et lisse suspendue au dessus des tiges et des fleurs emmêlées de son chemisier et de son tablier. En toute saison, elle porte des vêtements aux motifs floraux. Elle a toujours l’air d’avoir été arrachée à son jardin, comme si elle en était une parcelle – terre, racines, ronces, fleurs et feuilles emportées, transportées sur la silhouette menue de la vieille dame ; carré de jardin en déplacement dans le quartier et sur les larges avenues de Tokyo, assis sur le banc d’un parc.

Le roman apparaît comme un reflet de la volonté éditoriale des éditions Esperluète. La maison d’édition se présente dès son nom, symbole graphique du mot «  et  », comme un lieu de rencontre. Dans Mains d’herbes, le lecteur assiste à celle du narrateur avec Mme Oda et ses amis. Une amitié touchante et étonnante se crée au sein du jardin, catalyseur de liens humains. Pour ceux qui connaissent déjà la maison d’édition, elle puise sa force et sa singularité dans la rencontre d’expressions artistiques ; les livres naissent souvent de la collaboration d’un écrivain et d’un artiste graphiste. Ici, pourtant, le roman semble se présenter comme le fruit d’un unique travail d’écriture.  En réalité, la présence d’artistes graphiques au sein de l’intrigue (les amis de Mme Oda créant des tableaux éphémères avec les plantes du jardin) incite le lecteur à construire lui-même un recueil hybride, en mêlant le texte réel à ces œuvres imaginaires. 

Les yeux fermés je suis au contact immédiat des lointains. Le plumeau d’une herbe de la pampa effleure mon avant-bras et le monde entier devient accessible. 

Lire en fermant les yeux. C’est paradoxalement l’expérience à laquelle nous convie Mains d’herbes. Tout comme Mme Oda, qui conseille au narrateur de fermer les yeux pour mieux ressentir le monde qui l’entoure, le lecteur est invité à voyager, à réfléchir, à s’aérer l’esprit par les mots. En lisant, il découvre le jardin et sa protectrice ; en fermant les yeux, celui-ci prend vie et les idées farfelues de Mme Oda deviennent des préceptes pour vivre mieux. Ce livre est une petite bouffée d’air frais qui nous emporte, instantanément, à l’autre bout du monde, dans ce jardin japonais si anodin et si magique à la fois."

Merci à Lisette Pouvreau pour cet article, à lire sur Maze Magazine.

 

 

Lire le jardin

"Voici encore un magnifique livre publié par les éditions esperluète ! On retrouve Benoît Reiss, l’écrivain des Notes découpées du Japon, qui brossait un portrait en petits papiers de ce pays aux multiples facettes. J’avais écrit sur ce beau livre dans mon article rentrée littéraire en septembre 2018 pour Journal du Japon (https://www.journaldujapon.com/2018/09/11/cest-la-rentree-litteraire-venez-decouvrir-les-nouveautes-japonaises/).

Il nous revient pour évoquer un jardin qu’il a découvert un peu par hasard lors d’une promenade à vélo avec sa fille. S’étant posé dans un parc minuscule (la mégapole de Tokyo arrive à en coincer entre les maisons, dans le moindre insterstice), il découvre un jardin merveilleux et décide de revenir pour le filmer.

« Je ne veux pas faire une photographie parce que je sais par avance que le résultat n’aura aucun intérêt : le jardin est un corps envahi de courants, de respirations, sans arrêt effleuré de taches de lumière, en tous sens fendu de vols d’oiseaux et d’insectes, partout cela frissonne et tremble, le vent fait parler les tiges, les branches et les feuilles. »

Le film ne « rend » pas toutes les sensations qu’il éprouve. C’est alors qu’il découvre que Madame Oda, la propriétaire, l’attend sur un des bancs du parc et l’invite à visiter son jardin ! Madame Oda est elle-même un jardin, elle porte toujours des motifs floraux et semble être une parcelle de son jardin. Elle l’invite à prendre un thé. Elle n’a pas de famille qui vient la visiter, mais des chats, visiteurs exigeants en terme de jardin ! Elle travaille et ne travaille pas son jardin. Elle l’accompagne, l’écoute (elle a une très mauvaise vue et apprend à tout faire dasn le noir, elle ferme les yeux dans la journée pour mieux percevoir les présences, chaque son ayant sa lumière propre !).

« Un jardin arrangé avec art, c’est cela que désirent les chats. Et ils sont exigeants, il faut que tout soit parfait : la disposition des végétaux, la taille, la distribution de l’ombre et de la lumière. C’est un art de travailler et de ne pas travailler son jardin. Il est aussi difficile de savoir quelle tige couper, quel plant tailler, que de savoir lesquels laisser à leur croissance à leurs débordements. Une chose est certaine, le jardinier ne décide de rien, il ne sait rien. »

Le jardin vit sous les yeux et les oreilles des deux personnes, qui entrent en communion avec lui, un thé à la main.

Madame Oda a un très bon ami photographe. Elle invite le narrateur à l’accompagner chez lui. Elle s’y régale, comme à chaque visite, de vin d’or et de gâteaux soufflés de riz. Maître Sato est un très vieux photographe du quartier de Shinjuku. Il n’en a jamais fait son métier (il a eu beaucoup de métiers qu’il a enfilé comme des costumes), mais il a toujours aimé photographier le mouvement, celui des humains comme celui de la nature, à tel point qu’on ne sait distinguer si ce sont des humains ou des herbes qui bougent sous son regard affûté. La seule photo « à l’arrêt » présente dans son appartement a été prise en mars 2011, du bois sur des eaux noires.

Madame Oda aime organiser des cueillettes d’herbes avec ses amis artistes qui les disposent ensuite sur des planches, créant des fenêtres ouvertes sur des champs, des jardins, qui changent au rythme des saisons, qui semblent avoir des lumières différentes, des cieux changeants.

Le livre s’achève sur le départ du narrateur, il quitte le Japon et va une dernière fois saluer Madame Oda. L’hiver s’est installé, Madame Oda ramasse des herbes sèches, des branches auxquelles elle semble ressembler lorsqu’elle marche dans ce jardin d’hiver ! Et c’est le souvenir de sa grand-tante Henriette dans les fleurs qui lui vient sous forme de photo à son retour en France … Deux femmes, deux figures qui le guident dans l’apprentissage de la vie, du savoir être au monde, du savoir voir, sentir … et écouter.

Ce livre est un voyage dans l’univers du jardin, on y glisse doucement, pieds nus, on regarde danser les herbes, traverser les chats et les oiseaux, on admire les branches, leur feuillage qui s’agite, on se perd dans un coin sombre, on ferme les yeux, on écoute. On respire le silence avec Madame Oda, on met l’oeil dans l’appareil photo de Maître Sato … On est présent au monde, là, dans ce jardin aimé, dans ce prolongement de l’âme de cette petite femme à la robe fleurie.

Offrez-vous ce petit bout de jardin, cette respiration au milieu du tumulte, vous en ressortirez vivifié, les sens en éveil, à la recherche d’un petit coin de nature, que vous soyez en ville ou à la campagne ! Il est facile de s’imprégner de nature où que l’on soit, il suffit de prendre le temps de regarder, écouter, sentir…

Bonne promenade !"

 Merci à Alice Monard pour cet article, à lire sur le Journal du Japon.

 

Au merveilleux jardin de Madame Oda

"Si vous aimez la nature florale et si de surcroît vous craquez pour la culture nippone, alors vous êtes candidat tout trouvé pour vous délecter de la lecture de Mains d’herbes histoires d’un jardin japonais du lyonnais Benoît Reiss. Ce dernier connaît bien le Japon pour y avoir vécu des années durant. Et parmi les beaux souvenirs qu’il en a gardé il y a le jardin de Madame Oda. Qu’il voyait d’abord à travers une grille se grisant de ce qu’il voyait des agencements de la propriétaire. Et graduellement il aura accès à ce petit royaume de fleurs et de plantes qui n’ont cessé de l’enchanter. Et il en a tiré ce charmant petit livre, un hymne à la beauté du monde, en tout cas celui de cette japonaise raffinée. A ceux qui décernent des prix littéraires, allez faire un petit tour de ce côté là. Notre homme mérite bien une petite récompense."

sur le site québécois Culturehebdo