[presse] Vous étiez ma maison

Mi-roman mi-conte, le livre épouse les pas d’une narratrice qui se promène de la ville à la forêt où elle croise une étrange femme, fée ou sorcière, avec laquelle elle noue une relation intense et complexe. (Nausicaa Dewez)

 

Vous étiez ma maison   

je serai la nôtre

Thibaut Mareschal, Karoo, novembre 2022

"Vous étiez ma maison, parution de la maison d’édition belge Esperluète, entretisse prose poétique de Violaine Lison et dessins épurés de Manon Gignoux pour une échappée réparatrice en forêt, entre douceur qui apaise et vivacité qui régénère.

Vous étiez ma maison se déploie comme le calme après la tempête. Une femme en fuite, pleine de rage, s’égare en forêt pour s’y reconstruire, y renaître. L’histoire d’une rencontre avec une couturière au savoir et à l’habileté de fée, et un lieu, cette petite maison perdue sous les frondaisons, qui respire les plantes médicinales, le feu dans la cheminée, le calme douillet du chez-soi.

Je me souviens. Ma fuite. La forêt. La maison. Votre main comme une cuiller de miel. Des mots. Des gestes, des onguents et votre regard souriant.

Vous étiez ma maison se structure sur deux temporalités entrelacées : ce qui fait suite à la disparition soudaine de la couturière, à qui le je s’adresse en vous, et ce qui vient avant : la rencontre, les retrouvailles régulières chaque lundi, les balades dans les bois et la passation du savoir.

La maison est vide, le jardin, en congé. La machine à coudre se tait.

Vous n’êtes pas là. Mais je vous entends. Votre voix. Votre feuillage. Vos pas de mousse dans l’escalier.

Partir, naître, engranger, transmettre, renaître ; Violaine Lison propose ici le récit d’une reconstruction en cinq actes. Un texte plein de pudeur, qui ne se raconte pas entièrement, mais se respecte, dans son intimité indicible. Bien qu’innomés, les drames et les traumas se perçoivent entre les lignes. Un parti pris qui pourra dérouter la compréhension ou, au contraire, ouvrir les possibles ; c’est selon la sensibilité de chacun/chacune.

Mon manteau noir m’attend sur un cintre. Réchauffé. Réparé. L’étoffe est parcourue de sentiers, de rivières. Cicatrices de coton vert et bleu. J’effleure le tissu. M’en enveloppe. Cataplasme.

Stylistiquement, le texte allie simplicité, richesse lexicale, détournement du langage et travail sur le rythme. Un long éco-poème qui redonne vie à la faune et à la flore, mais germine surtout un vous et un je lyrique, avant de permettre à l’une de s’en aller, et à l’autre d’éclore à l’aboutissement du récit. Les dessins de Manon Gignoux ponctuent pour leur part – interludes noir et blanc – les différents moments de prose poétique. Un trait minimaliste, mais qui esquisse sensiblement des habits et des corps, des âmes qui semblent se rapiécer.

Je m’avance. Je suis prête. Je sens la main de la forêt sur mon épaule. Une main ouverte de sage-femme. Une main-mère. Qui m’enveloppe, me soulève et m’avale. Dans un gargouillement de sève.

Je suis dans la sylve, son ventre douillet. Sous sa voûte utérine. Vous êtes à mes côtés.

Vous étiez ma maison est une échappée : partir pour mieux renaître. Une allégorie textile et forestière, le récit universel de la déchirure des âmes qui nécessitent calme et repos, chaleur et douceur pour être raccommodées. Une poésie à la fois délicate et sauvage, qui transporte sur des sentiers heurtés, apaise au coin de l’âtre et sous les feuillages, et souffle un vent de résilience."

 

à lire ici

 


 

Une armure de douceur

Louise Van Brabant, Le Carnet et les Instants, octobre 2022

"J’ai quitté la ville, le fleuve, le nœud coulant des jours. […]
Quitté mes semelles de goudron pour mes pieds de terre rouge et d’herbes hautes.

Cinq verbes, treize lunes, une année de lundis dans la forêt. Partir, naître, engranger, transmettre, renaître. Une année d’apprentissage et de retrouvailles avec le dedans et le dehors, une année pour démonter brique par brique les murs entre soi et le monde. C’est une histoire de fil tiré cousu cassé, une histoire de passage et de rapiéçage qu’écrit Violaine Lison avec des mots qui froissent les paumes et caressent le cœur, dans une langue sensuelle et saisissante qu’accompagnent les dessins de Manon Gignoux.

Un chat noir étire sa flemme contre le poêle. Le soleil s’ébroue. On se croirait au printemps. Sur ma peau le sang a séché.

Une femme déborde d’elle-même à n’en plus reconnaître ses contours, elle fuit, jette « [s]on corps dans la gueule du bois » avec la volonté de se perdre. Mais une lumière perce sous l’épiderme comme au travers des branchages. Dans le ventre de la forêt, elle parvient à réunir ses morceaux brisés sous la caresse d’écorce d’une sorcière couturière, entourée des êtres végétaux et animaux qui peuplent les bois et dont elle apprend, pas à pas, à déchiffrer les alphabets. Sa peau est parsemée de cicatrices cousues au fil d’or. Vous étiez ma maison est la cabane merveilleuse qui abrite un douloureux récit de perte, de fuite et de retour (à soi, au monde) – une « cabane flottante, tendue vers le bleu » dans laquelle apprendre à domestiquer (de domus, la maison ; ici : inviter à vivre chez soi) un peu de la lumière retrouvée pour, à son tour, transmettre.

Une odeur de résine, de sauge et de plantain. Des bougies sur la table. Des flammes dans la cheminée. Des tissus, des tapis, des flacons. Un piano. Des icônes de Marie. Vous.

Le récit de cette rencontre ensorcelante s’effectue au rythme d’une prose poétique au phrasé heurté, de propositions brèves qui s’enchaînent en cascades et charrient des émotions sauvages, violentes. Autour, les vivants bruissent de tout leur corps et décentrent le regard qui, du noyau de la douleur, doucement se déploie jusqu’à toucher les cimes et les racines. Comme l’aiguille qui transperce pour assembler, le récit de Violaine Lison vogue de blessure en ligature, porté par un flux aussi vif que le sang : une langue puissante qui donne souffle et soif à ce conte intarissable voyageant au fil des saisons, que l’on sent cyclique – caractère constitutif de ce qu’il reste d’immuable dans un monde en perpétuelle expansion et changement, toujours plus difficile à contenir. C’est en cela que réside, aujourd’hui plus encore qu’hier, le pouvoir du conte : contenir un monde, rassembler ses fragments épars dans un lieu familier.

Cet assemblage fondamental, qui est aussi le geste de la couture, est la clé du récit : de l’envers au revers, du dedans au dehors, il s’agit de relier les espaces et les matières pour créer une protection, une cabane, une maison – une armure de douceur contre laquelle laisser les autres reposer leurs corps blessés. Car il n’est pas question ici de frontière, ni entre les êtres, ni entre les lieux. À la manière des illustrations de Manon Gignoux qui mêlent les matières, les règnes et les techniques, tout est dans tout et les corps se confondent : la femme est belette, arbre ou maison, elle invite à sa table les châtaigniers et le soleil, la mousse glousse et le martèlement des sabots de chevaux furieux résonne dans la langue luxuriante de l’autrice – une écriture ardente et consolante, dont on aimerait s’entourer les épaules pour traverser toutes nos forêts sombres.

Vous parlez leur langue, empruntez leurs empreintes, habitez leurs nids. Vous êtes des leurs. Mais vous restez vous. La femme cabane. La couturière. Mi-fée, mi-sorcière. Vous les côtoyez avec chaleur et pudeur. À distance. Et tout près. À la juste place. Au juste degré. Dans l’intervalle. L’embrasure des mondes."

article à lire ici

 

 


Une coulée de lumière

Joseph Bodson, automne 2022, revue Reflets/Wallonie-Bruxelles.

"Dans un style d’une merveilleuse limpidité, et comme une coulée de lumière, Violaine Lison en vient à aborder, sans avoir l’air d’y  toucher, quelques-uns des thèmes essentiels de notre vie, et de la poésie, qui s’en veut l’une des expressions majeures.

La vie, la mort, le rapport et l’apport des générations, dans la liaison recherchée de l’homme avec l’arbre, la forêt : il  existe ici une sorte de rapport fusionnel entre les deux,  et qui se dévoile peu à peu au terme de l’avancée. Au fil léger d’un dialogue entre deux femmes, dont l’on devine l’une plus âgée.

Car c’est bien d’un long chemin qu’il s’agit, au fil de ces évocations, en phrases très courtes – à peine phrases, plutôt phases, touches légères, tissages arachnéens marquant l’appartenance de notre monde intérieur au monde naturel, ainsi p.27 : 

Je me souviens. Ma fuite. La forêt. La maison. Votre main comme une cuiller de miel. Des mots. Des gestes, des onguents et votre regard souriant. Un vieux feu couve dans la cheminée. Ratatiné comme une pomme au four.

Ainsi se trouvent en quelque sorte réconciliés, dans la douceur de l’automne et de la neige, dans le futur printemps, réconciliés dans ce dialogue à mi-voix, le conflit des générations, la peur de la mort dans l’âge qui vient, le grand problème du temps qui passe et pareil jamais ne revient. Avec pour symboles le plus évident l’arbre et sa croissance, et le bruit familier des machines à coudre de notre enfance.

Les illustrations de Manon Gignoux, par le contraste du blanc et du noir, ces ébauches de corps humains à peine dégagés de la cape qui les recouvre, renforce encore la puissance de l’évocation.

Un livre à lire, à relire et à méditer, méditer en se laissant bercer  par le rythme lent des images déroulées au fil de cette avancée, jusqu’à sa belle finale, dédiée à Martine Van Turnhout : Vous dites que même la mort se vit / Comme un serment / Comme une éclipse / Un chemin de traverse / Vous mettez vos petits pas dans les grands / Ceux du monde / Et vous avancez / Pieds nus // Les lucioles n’ont pas peur de la nuit."

 


Un livre magnifique, intimiste et envoûtant 

Blog Les Notes, catégorie Hors Champs, octobre 2022

"Lundi 18 décembre. Je suis sur le sentier qui me mène vers vous. Comme tous les lundis depuis un an. 

La narratrice quitte la ville et pénètre dans la forêt pour se rendre dans une maison qui l'attend, celle d'une femme "au visage de fée". Mais soudain, un pressentiment, le froid ; la maison est close et "je" reste sur le seuil, des jours durant, et se remémore tous ces lundis depuis treize lunes : l'accueil premier, alors qu'elle fuit la rage au ventre, la maison refuge de celle à la "douceur d'aïeule", de celle qui court la forêt, de celle qui distille des messages d'espoir, de celle qui, sur sa vieille machine, inlassablement recoud et répare des vêtements, comme des peaux blessées. 

Le livre se déploie, par étapes successives, en cinq grands chapitres aux titres éloquents, de "Partir" à "Renaître". Car il s'agit d'une histoire de réparation et de transmission entre femmes, au sens psychanalytique. L'écriture de Violaine Lison est une prose poétique souvent métaphorique, d'une grande intensité d'émotion, immergée dans une nature quasi originelle. Pour l'accompagner, de très beaux dessins de corps, tout en force et sensibilité, de Manon Gignoux. Un livre magnifique, hors mode, intimiste et envoûtant. (M.-T.D et S.H)"

 

à lire ici

 

 


Vous étiez ma maison - La rentrée littéraire 2022

 
Un article de Nausicaa Dewez publié sur le site Le Carnet et les Instants le 2 juillet sur le nouveau livre de Violaine Lison, Vous étiez ma maison.
 
« Violaine Lison, dont le premier livre Ce soir, on dort dans les arbres a paru chez Esperluète au printemps 2021, revient dans la même maison d’édition pour Vous étiez ma maison, illustré par Manon Gignoux. Mi-roman mi-conte, le livre épouse les pas d’une narratrice qui se promène de la ville à la forêt où elle croise une étrange femme, fée ou sorcière, avec laquelle elle noue une relation intense et complexe. »
 
Lire la suite de l'article sur Le Carnet et les Instants.